Un magicien de Saône-et-Loire
C'est aux portes d'Autun même que Léon Cordelier vit le jour, dans les riches campagnes où les vignes bourguignonnes épanouissent leurs grappes au jus précieux, sous les généreux rayons d'un bienfaisant soleil.

Son père était cultivateur et les jeûnes oreilles du futur magicien en Saône-et-Loire furent bercées par les harmonies des champs, sa première éducation fut celle des enfants de la nature.
Mais les dures réalités de la vie champêtre ne souriaient guère à l'enfant déjà poussé par son intelligence hardie, sa curiosité insatiable vers un avenir plus intellectuel. La lecture de vieux romans cabalistiques qu'il se procura le firent rêver de merveilleux et décidèrent de sa carrière.
Après un court séjour en Amérique, il revint en France et se décida enfin à réaliser le rêve qu'il caressait en secret depuis longtemps et profitant des études qu'il avait faites en magie, il débuta dans le métier un beau soir, sur la petite scène du théâtre de Verviers en tant que magicien Saône-et-Loire.
Le succès qu'il obtint dans ce premier contact avec le public lui montra qu'il n'avait pas trop présumé de ses forces et le néophyte se lança corps et bien dans le monde de la magie dont il ne devait pas tarder à devenir un des maîtres.
Servi par une adresse innée, par une intelligence vive et subtile, aimant son métier, travaillant sans relâche, le magicien Cordelier vit bientôt la renommée trompeter son nom aux quatre coins du globe.
En 1890, il débute au Casino de Paris avec la célèbre « Troupe des XXX », dont le succès devait achever sa réputation.
Les principaux établissements de la Russie, de l'Allemagne, de l'Autriche, de l'Italie, de l'Espagne se disputèrent à coups de billets de banque le concours de cette mystérieuse troupe, Berlin dût payer neuf mille francs par mois pour se l'assurer.
Après la tournée européenne, le magicien Cordelier revint quérir à nouveau, à l'Olympia et au Cirque d'Hiver, les applaudissements que ne lui ménagèrent ni les Parisiens, ni surtout les Parisiennes, toujours avides d'inconnu et de mystérieux.
Après avoir pendant quelque temps opéré sur la scène du théâtre Isola, et fait l'été durant les délices de Trouville, Cannes et autres Vichy, Cordelier part enfin, en mai 1902, pour une longue tournée coloniale pendant laquelle il ajouta de nouveau fleurons à sa couronne artistique.
Tous les princes et roitelets de l'Orient se disputèrent l'honneur de voir opérer devant eux le « Sorcier blanc », tandis que dans les colonies la plus haute société française, heureuse de retrouver dans la verve gauloise de cet ami quelques relents de la Patrie absente, lui taillait des succès bien mérités.
L’ancien magicien Saône-et-Loire Cordelier qui, à notre avis, était un des prestidigitateurs les plus adroits et les plus amusants de la corporation, revient de son lointain voyage plus joyeux et plus Parisien que jamais, le portefeuille gonflé de billets de banque.